Historique

1948 – 1973 :

Le premier cas de chirurgie d’épilepsie effectué à l’Hôpital Notre-Dame a été réalisé par le Dr Claude Bertrand en 1948. Le Dr Bertrand venait de prendre charge du service de neurochirurgie après s’être entraîné avec le Dr Wilder Penfield. Plus tard, le Dr Napoléon Martinez s’est associé au Dr Bertrand. Les neurologues électroencéphalographistes, en particulier le Dr Claude Gauthier, étaient déjà étroitement impliqués dans l’investigation des malades candidats à une chirurgie d’épilepsie. La méthode était identique à celle pratiquée alors par les Drs Penfield et Jasper à l’Institut neurologique de Montréal, soit l’EEG sur le scalp et la description clinique des crises. Les examens radiologiques, tels le pneumoencéphalogramme et l’artériographie, servaient à déceler les lésions pouvant être à l’origine des crises. La localisation plus précise du foyer épileptique se faisait au moyen de la corticographie, soit l’enregistrement EEG au cours de l’intervention, directement sur le cerveau exposé. Au milieu des années 1960, les Drs Normand Giard et Jean-Marc Saint-Hilaire, eux-mêmes formés à l’Institut neurologique de Montréal, se sont joints à l’équipe en tant que neurologues électroencéphalographistes et épileptologues. À cette époque, le test à l’Amytal intracarotidien a été introduit pour déterminer l’hémisphère cérébral dominant pour le langage. De 10 à 15 cas d’épilepsie étaient opérés chaque année avec d’assez bons résultats, surtout dans les épilepsies temporales. Toutefois, il restait un pourcentage élevé de malades non contrôlés par la chirurgie, surtout dans les cas d’épilepsies extratemporales. La raison étant que la méthodologie utilisée par l’Hôpital Notre-Dame et l’Institut neurologique de Montréal se basait sur des critères indirects pour déterminer la zone épileptogène, soit la description clinique des crises par la famille et non la visualisation directe par le médecin. Également, l’EEG n’enregistrait que les pointes épileptiques en dehors des crises (pointes intercritiques) et non les crises elles-mêmes.

À l’Hôpital Ste-Anne de Paris, une équipe formée des Drs Jean Talairach, neurochirurgien, et Jean Bancaud, électroencéphalographiste, avait développé, au début des années 60, une approche basée sur l’enregistrement électroencéphalographique des crises du malade au moyen d’électrodes implantées avec précision à l’intérieur du cerveau (SEEG). Cette méthode améliorait de façon notable les résultats de la chirurgie d’épilepsie du fait qu’elle utilisait des critères directs plutôt que des critères indirects. En 1971, le Dr Guy Bouvier, neurochirurgien, a fait un stage d’un an avec le Dr Talairach pour apprendre la technique d’implantation d’électrodes intracérébrales. En 1973, Le Dr Jean-Marc Saint-Hilaire, (photo # 1) neurologue-épileptologue, a effectué également un stage de 4 mois dans le laboratoire du Dr Jean Bancaud pour se familiariser avec les techniques de SEEG. Ensemble, les Drs. Guy Bouvier et Jean-Marc Saint-Hilaire ont alors formé une équipe utilisant cette méthodologie connue en France, mais nouvelle en Amérique.

1973 – 1988 :

En 1973, Le Dr Guy Bouvier a pris en charge l’aspect neurochirurgical (SEEG) avec l’installation d’appareils radiologiques spéciaux et d’un cadre stéréotaxique pour l’introduction d’électrodes intracérébrales de façon précise. Avec la collaboration du département de génie mécanique de l’Université Laval de Québec, le Dr Bouvier a en même temps inventé une nouvelle électrode souple pouvant être laissée en place sans risque pendant de longues périodes à l’intérieur du cerveau. Une électrode similaire est maintenant utilisée de façon générale dans le monde entier. En 1973, le Dr Jean-Marc Saint-Hilaire a organisé un laboratoire de monitoring EEG pour l’enregistrement synchronisé de l’EEG et de l’enregistrement vidéo en continu afin de capter les crises spontanées des malades. Marthe Mercier, technologue en électrophysiologie médicale, a fait un stage dans le laboratoire du Dr. Bancaud à Paris en 1973. À son retour, elle a pris charge du laboratoire de monitoring et a contribué de façon continue à la formation des technologues en monitoring EEG. Avant l’apparition de magnétoscopes dans le commerce, notre laboratoire a pu bénéficier du prêt d’un magnétoscope par la Société Radio-Canada. Plus tard, l’apparition d’appareils magnétoscopiques commerciaux a grandement facilité l’enregistrement en continu des malades, ce qui n’était pas possible auparavant avec les films conventionnels. Ainsi, on pouvait analyser les diverses manifestations des crises d’épilepsie et les anomalies EEG correspondantes.

Durant cette période, la plupart des malades étaient investigués au moyen d’électrodes implantées intracérébrales quand une chirurgie était envisagée. D’autre part, l’analyse détaillée des crises épileptiques a permis à notre groupe de faire de nombreuses études sur la valeur localisatrice et latéralisatrice des manifestations épileptiques, en particulier dans les épilepsies frontales et temporales. En 1980, le Dr Normand Giard s’est joint au groupe d’épileptologie pour compléter l’équipe avec le Dr Jean-Marc Saint-Hilaire et le Dr Guy Bouvier. En 1980, l’arrivée de la Dre Raymonde Labrecque, neurologue spécialisée en neurologie du comportement, a permis le développement de l’évaluation neuropsychologique des malades et également du test à l’Amytal sodique intracarotidien en vue de prévoir les séquelles possibles sur la mémoire et le langage des résections corticales. De 1980 à 1984, Isabelle Rouleau Ph.D. a réalisé sa thèse de doctorat sur le test à l’amobarbital sodique sous la direction de la Dre Labrecque puis a été intégrée à l’équipe comme neuropsychologue clinicienne en 1984. En 1989, Carole Deneault, M.A., neuropsychologue, s’est par la suite ajoutée à l’équipe de neuropsychologie.

Le C.T. scan cérébral introduit en 1976, était alors le principal outil en imagerie cérébrale. Toutefois, cette méthode ne pouvait pas détecter plus de 10 % de lésions à l’origine des crises épileptiques.

 

1988 – :

La résonance magnétique cérébrale (RMN)  est un atout majeur pour la recherche de lésions épileptogènes. En particulier, la sclérose hippocampique à l’origine de plus de 70 % des épilepsies temporales et les dysgénésies corticales qui auparavant n’étaient décelables qu’à l’examen pathologique. Récemment, des appareils de résonance magnétique plus puissants ont fait découvrir des lésions de plus en plus petites mais toutefois significatives. En 1990, le Dr Jean-Paul Soucy, alors directeur du département de médecine nucléaire à l’Hôpital Notre-Dame, a introduit le SPECT ictal et interictal (tomographie par émission monophotonique) dans notre arsenal d’évaluation. Cette technique est basée sur l’injection I.V. de minimes doses de substances radioactives qui, injectées très tôt au début de la crise (moins de 30 secondes), se fixent au niveau de la zone épileptique. Le SPECT ictal demeure un des principaux éléments localisateurs de la zone épileptique. Le PET scan fait également partie des outils d’investigation en démontrant une zone d’hypométabolisme souvent en relation avec la zone épileptique.

En 1995, le Dr Alain Bouthillier (à droite), neurochirurgien, après un stage de perfectionnement à l’Université Yale, s’est associé au Dr Guy Bouvier pour l’aspect neurochirurgical du traitement de l’épilepsie.

En 1999, le Dr Patrick Cossette, neurologue généticien et neurophysiologiste, a rejoint l’équipe. Il a complété sa formation par un PhD en neuro-génétique à l’Université McGill, sous la direction du docteur Guy Rouleau.  Ses recherches lui ont permis de découvrir le premier gène responsable de l’épilepsie myoclonique juvénile. Il continue ses travaux sur d’autres formes d’épilepsie héréditaire tout en collaborant à l’investigation des malades.

En 2002, le Dr Dang Khoa Nguyen, après un stage à l’Université Yale, a été intégré dans le groupe. Il s’est particulièrement spécialisé dans le monitoring EEG. Ses recherches concernent des nouvelles méthodes d’investigation, telles la spectroscopie proche infrarouge, la magnétoencéphalographie, la résonance magnétique à haut champs, la résonance magnétique fonctionnelle liée à l’EEG et la tomographie par impédance électrique.

En 2011, le Dre. Arline Bérubé s'est jointe au groupe après une formation postdoctorale en épilepsie au
Foothills Medical Centre (Calgary). Elle porte un intérêt particulier à la formation des résidents en épilepsie clinique et électroencéphalographie.

En 1999 le Dr Lionel Carmant et le Dre Anne Lortie du CHU Ste-Justine se sont joints à notre équipe du CHUM – HND pour l'investigation de cas d'épilepsie complexe chez l'enfant nécessitant un monitoring spécial.

Durant toutes ces années, les neurologues épileptologues ont été impliqués dans de nombreuses études
sur les nouveaux médicaments ou traitements en expérimentation clinique : Lorazepam, Lamotrigine,
Topiramate, Gabapentin, Oxcarbazépine, Divalproex de sodium CR, Remacemide, Pregabaline,
Retigabine, stimulateur du nerf vague, Brivaracetam, Lacosamide. Ces études cliniques permettent à
nos malades d'avoir accès plus rapidement à de nouvelles molécules avant leur commercialisation. Le
monitoring EEG a été l'occasion de faire de nombreuses descriptions cliniques originales depuis 1973. Les Dr Nguyen et Bouthillier ont récemment fait la description de l'épilepsie de l'insula et sa chirurgie. Il s'agit d'une variété d'épilepsie jusqu'ici moins connue. Le Dr Bouthillier a montré que la résection de cette zone était possible sans risque significatif.